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    J'ai testé... Détective Privé

     

    Quand j'étais petite, je lisais Agatha Christie, j'étais amoureuse de Magnum, et je rêvais d'être Kelly Garrett, la brune incendiaire des "Drôles de Dames". Aujourd'hui, j'ai décidé de me frotter à la réalité et de devenir détective privée. Enfin, presque.

    Par Caroline ROCHET

    Que ceux qui n'ont jamais fantasmé sur ce métier lèvent le doigt (... ne faites pas semblant, on ne vous croira pas).

    Star des romans comme du cinéma, vecteur d'un univers mystérieux et aventurier, porté par des figures légendaires, tour à tour sombre, comique ou séducteur, le détective privé fait tout autant partie de notre imaginaire qu'un Dark Vador ou une Fée Clochette.

    Pourtant, contrairement à eux, il en existe pour de vrai.

    Entre 1 500 et 2 000 "enquêteurs de droit privé" - leur appellation officielle - travaillent aujourd'hui en France, engagés par des gens comme vous et moi.

    Pourquoi ?

    Comment ?

    Qui sont-ils vraiment ?

    Quelles sont leurs missions ?

    Qui sont leurs clients ?

    Le temps d'une semaine, j'ai joué les apprenties détectives et suivi certains d'entre eux sur le terrain. Où j'ai appris, entre deux filatures et loin des idées reçues, cinq leçons fondamentales sur le milieu des "privés".

    Je vous raconte :

    Leçon n°1 : Le privé évite les clichés

    Dès mon arrivée à l'agence AUMACTION, je comprends que mes vieux fantasmes vont en prendre un coup.

    Au premier étage de cet immeuble parisien, point de secrétaire sexy dans une sombre antichambre, aucun moustachu ténébreux fumant le cigare, ni de Colt traînant à côté d'une bouteille de whisky.

    L'agence ressemble plutôt à un cabinet de psy, avec parquet, rideaux pourpres et musique classique.

    De quoi détrôner le mythe, mais aussi me rendre un peu timide.

    Elie COHEN, le maître des lieux, me présente son équipe, qui prouve que les détectives du XXIe siècle ne correspondant à aucun profil précis : si lui-même est un ex-comptable reconverti dans le métier depuis 20 ans, Philippe, enquêteur indépendant qui travaille parfois avec lui, est un ancien militaire de 35 ans, Julie, une stagiaire de 25 ans issue de l'Université Paris 2, et Anthony, 26 ans, est enquêteur depuis deux ans. Hommes, femmes, débutants ou confirmés, les "privés" d'aujourd'hui ont en guise de points communs la passion d'un métier pas comme les autres, une bonne condition de moralité (vérifiée par la police), de grandes connaissances en juridictions, une formation professionnelle, une certaine addiction à l'adrénaline, et un cerveau suffisamment curieux, tenace et objectif pour tenir les enquêtes. Leurs différences m'intéressent.

    Pour le patron, elles sont une force : "les stagiaires ? Ils m'instruisent autant que je les forme, sourit Elie COHEN.

    Ils sont toujours au courant des derniers changements de lois, et semblent être nés avec Internet et Facebook!". Et les femmes, elles se font pas trop chambrer dans le métier? "Ca va, répond Julie.

    Dans ma promo, il y autant de filles que de garçons ! Mais cest sûr, dans certaines situations, il vaut mieux avoir un mec avec soi, ça peut être dangereux." Dangereux ? Confortablement installée dans ce bureau cosy, j'ai totalement oublié mes envies de missions mouvementées à la Mike Hammer.

    Ca tombe bien, le téléphone sonne. Le boulot commence.

    Leçon n°2 : Le privé ne fait pas que les adultères

    Dans ce métier, tout commence par un coup de fil. Suivi, généralement, d'un entretien.

    Pendant la journée, nous recevons les appels d'une jeune femme recherchant son père (parti à la naissance), d'un employé licencié voulant coincer son patron, d'un homme ayant perdu la trace d'un amour de jeunesse, d'un père inquiet des fréquentations de son fils, et d'une femme persuadée que son mari a installée sa maîtresse dans un appartement aux frais du couple... Ah, nous y voilà, les histoires de tromperie ! Je frétille : c'est comme dans les films ? On va filer l'infect infidèle ? On prendra les photos ? C'est donc vrai, il y en a beaucoup des cas comme celui-là ? Les détectives sont tous d'accord : oui, les cas d'adultères sont fréquents, un peu glauques, et pas des plus passionnants.

    Et malgré la loi de 2006 sur le divorce par consentement mutuel (sans nécessité de "faute" ni donc de preuve), ils restent une bonne part du boulot.

    Les demandes, généralement, viennent plutôt des femmes.

    Souvent, le fruit des enquêtes tombent comme une confirmation suite à des mois de doute, le détective privé apparaissant comme un dernier recours pour en avoir le coeur net.

    Et les autres missions récurrentes ? Escroqueries au sein d'une famille, observation d'enfants en garde alternée, recherches d'héritiers, surveillance d'adolescents, enquêtes de moralité sur un futur genre, vérifications de CV...

    Alors que je prends frénétiquement des notes, toute l'équipe se réunit pour un breaf sur un cas de personne disparue.

    Décidé à me faire participer malgré mon inexpérience, mon nouveau boss me demande comment je commencerais à enquêter.

    En bonne journaliste high tech, je réponds immédiatement : "Heu, Google et Facebook ...?". élémentaire, mon cher Watson ! Je reçois mon premier bon point.

    Leçon n°3 : Le privé est un geek

    Car ici, c'est un peu comme dans une rédaction : les premiers pas d'une enquête se font généralement sur la toile. Anthony, le spécialiste web de l'agence, confirme : "Google, c'est la base. C'est une aide solide avant de partir sur le terrain.

    Les mails, aussi, permettent d'aller plus vite que le téléphone.

    Quant à Facebook, même si beaucoup de gens ne font pas assez attention à leurs paramètres de confidentialité, ce n'est pas une science exacte ! On recoupe des infos avec Viadeo, d'autres réseaux ... Mais prudence, les gens enjolivent souvent les choses, tout n'est pas fiable." Pages jaunes.fr pour les coordonnées, Infogreffe.fr pour les entreprises, archives de presse... Le web regorge d'informations utiles et accessibles.

    Parfois, les détectives privés peuvent même obtenir des réponses en envoyant un mail sous un faux nom ou via un faux profil Facebook. Et ce, précisent-ils, toujours légalement - ici, "contrairement à d'autres", on ne pirate pas. Dommage, j'aurais adoré apprendre quelques trucs de hacking, ou poser une balise GPS sous une voiture (tout aussi illégal).

    Soudain, j'avise sur le bureau une machine d'un autre âge : Elie COHEN se sert encore du ... Minitel. "Croyez-le ou non, c'est plus rapide qu'Internet pour recevoir des extraits d'acte de naissance !". Certes. Sur le terrain aussi, évidemment, la techno a pas mal transformé le métier.

    Philippe explique : "L'appareil photo de base, aujourd'hui numérique, est un outil précieux, mais je préfère utiliser le caméscope, plus pratique, et faire ensuite des captures d'images du film sur mon ordinateur.

    Le téléphone portable est indispensable pendant une planque pour se tenir au courant, et avec les smartphones, lors d'une filature, on peut se repérer sur iMaps !".

    Comme je le verrai bientôt sur le terrain, le côté geek du détective ne s'arrête pas à sa technophilie, mais s'étend aussi en mode jeux de rôles, avec un comportement très "Robocop" en cours de mission.

    Que la Force soit avec moi.

    Leçon n°4 : Le privé prend des (vrais) risques

    Planque, filature, contre-filature, ces mots très "folklores" font réellement partie du quotidien de nos enquêteurs.

    Et ce matin, je vais l'expérimenter comme il faut, puisque je dois rejoindre Philippe  l'agence pour une filature moto de femme adultère, direction l'exotique contrée de Marolles-en-Brie ! évidemment, il fait 5 degrés et pleut sans discontinuer.

    Quand j'arrive au rendez-vous, mon coéquipier sourit : "Bravo ! Vu la météo, j'ai cru que vous ne viendriez pas..." Blessée dans mon amour propre, je monte fièrement derrière lui sur la moto, mais sans le prévenir, ce qui manque de nous entraîner dans une chute pulvérisant sa jambe au passage.

    Chez les détectives, je demande la famille Inspecteur Gadget ... Après une sympathique virée sur l'autoroute, nous posons la moto et faisons le tour de la maison repérée la veille par Philippe, afin de trouver l'endroit où "planquer".

    Contrairement à la mission que j'effectuerai le lendemain, ici, pas de café où s'installer pour surveiller la porte : nous voilà en faction dans la rue, toujours sous la pluie... pendant deux bonnes heures. Je continue à faire la fière en mode "même pas mal", et papote avec mon nouveau "collègue" : Untel s'est fait tabasser par sa "cible" qui l'avait "grillé", telle autre épate les vieux briscards par sa résistance malgré sa jeunesse... J'en profite pour l'interroger sur les dangers du métier : "Bien sûr, ils existent, mais restent assez rares. En revanche, il faut vraiment le terrain et oublier les horaires : on ne sait jamais quand la journée finira, ni si on sera libre le week-end !" Soudain, le joyeux compagnon de planque se transforme en Terminator : les yeux durs, il me pousse derrière un muret et commence à marcher sans moi.  La "cible" est sortie. Afin de ne prendre aucun risque d'être repérés (détronchés) à cause de mon inexpérience, nous avons préalablement décidé qu'il la filerait seul, tandis que je le suivrai à distance.

    Après une demi-heure de marche ponctuée de sprints (je me demande comment les privés des séries américaines faisaient avec leurs trois paquets de clopes par jour), nous arrivons dans un centre commercial où toutes les ruses sont nécessaires.

    Ca tombe bien : je sais très bien faire semblant de faire du shopping...

    Pour brouiller les pistes, je me "désilhouette", retirant mon blouson et attachant mes cheveux.

    Au final, Philippe "logera" la cible chez son amant, la filmera au camescope, et le client en aura pour son argent. Moi, j'aurais gagné un nouveau galon, et un rhume, aussi.

    Leçon n°5 : Le privé est un justicier

    Mais au delà du côté rude et froid du limier efficace, les enquêteurs de droit privé ont une facette moins évidente, et plus étonnante. Un cocktail de qualités psychologiques et d'aide aux clients en détresse.... Parce qu'ils devinent qu'il n'est pas facile de venir raconter sa vie personnelle à un inconnu, ils savent généralement faire preuve d'écoute et de finesse, aidant leur client à se sentir en confiance.

    Ce qui leur permet aussi d'éviter les mauvais plans, comme le confirme Elie COHEN : "Avec un peu de psychologie, on s'épargne les malades mentaux qui atterrissent parfois chez nous !" Légèrement Robin des Bois, ils ne cherchent pas à vider les poches de leurs clients à tout prix : s'ils sentent qu'une (onéreuse) filature sur une semaine est inutile, la plupart d'entre eux le dira à leur client fauché.

    Mais attention, si le détective doit comprendre son client, il ne doit pas trop faire preuve d'empathie non plus : "On ne travaille pas dans le social, garder du recul permet de mieux travailler", explique Christian Borniche.

    Détaché mais compréhensif, efficace et pétri de légalité, le détective serait-il un super justicier de l'ombre ? " notre métier, c'est les preuves.

    Nous ne traitons que des affaires dont l'intérêt et légitime, et notre seul but est de réparer, afin de faire respecter la loi". Wow.

    La semaine passée aux côtés d'Elie m'a, en fait fait rêver, j'étais devenue Catwoman.

    Caroline ROCHET

    Site : www.detective-prive-paris.com

     

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