• De 1993 à nos jours...


    France 2 par aadetect

    Les ficelles du métier, Elie Cohen les connaît bien. Détective depuis plus de vingt ans, son histoire n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Son nom, pseudonyme d’un ancien agent du Mossad exécuté en Syrie en 1965, a été à l’origine d’une histoire – relatée dans "Espion à tout prix "– digne d’un roman d’espionnage. Toujours en activité, il reçoit Epoch Times dans son bureau dans le 1er arrondissement, et nous explique sa marque de fabrique dans un métier à rebondissement, encore mal connu du grand public.

     

    Comment êtes-vous devenu détective ?

    Elie Cohen : J’ai commencé mon métier par un concours de circonstances. J’étais comptable, et sur une occasion d’une traite impayée, mon patron a eu recours à moi. Il pensait faire appel à ma carrure, mais mon idée n’était pas de recourir à la force. J’ai pu récupérer une partie de l’argent. À la suite de cet événement, mon patron a dit sentir en moi une âme de détective privé. Il a voulu investir de l’argent pour me lancer. J’étais d’accord, et je suis parti sans aucune base.

     

    C’était en 1989. Deux ans plus tard, j’ai commencé à chercher des locaux, fait une étude de marché, puis je me suis installé.

     

    Quel type de client recevez-vous?

    Elie Cohen : Il vaut mieux ne pas partir sur l’idée qu’on ne fait qu’une seule chose. On ne pourrait pas vivre d’une seule spécialité – comme la concurrence déloyale. Il y a des particuliers qui viennent pour des affaires d’adultères, de garde d’enfants, de pensions alimentaires, d’abandon de famille, etc.. Ce sont les affaires que l’on pourrait appeler «régulières».  Je travaille aussi avec les entreprises, au sujet de vols au sein de l’entreprise, d’affaires déloyales, de contrefaçons, pour des vols de brevets, de détournement de clientèle,... J’ai aussi la visite d’avocats travaillant pour ces entreprises.

     

    Dans votre ouvrage, vous parlez de «ligne jaune». Par exemple, vous avez refusé une valise de billets, au nom du suivi de certaines règles. Avez vous une éthique personnelle?

    Elie Cohen : Mon code de vie se rapporte à l’expérience. Dans n’importe quel métier, si vous êtes sérieux, vous aurez des clients et votre société pourra durer. Les gens qui ne pensent qu’à l’argent n’y arriveront pas sur le long terme. Je me suis engagé à respecter le client, et à faire en sorte de lui apporter ce qu’il voudra, dans la limite de la légalité. Si on me demande d’écouter aux portes ou les téléphones, c’est illégal. Il faut savoir que le rapport que nous allons faire va servir à la défense de l’intérêt de mon client. S’il y a dans ce rapport quelque chose qui n’est pas correct par rapport à la loi, mon client perdra. Donc je dois rester dans les clous pour que tout se passe bien, pour le profit de mon client.

     

    Quelles sont les relations entre vous et l’avocat?

    Initia (stagiaire) : Un enquêteur et un avocat doivent pouvoir communiquer librement, il n’y a pas de secret professionnel entre eux. Ces métiers sont vraiment complémentaires.

     

    Elie Cohen : L’avocat a besoin des preuves fournies par le détective. Nous sommes sollicités parfois dans les enquêtes ou contre-enquêtes pénales. Par exemple, dans le contexte d’une instruction en cours auprès des services de police ou des juges, une cliente est venue me voir. Elle cherchait à démontrer qu’elle n’avait pas pu être à l’endroit où on l’accusait d’être à une période déterminée. Elle avait été condamnée à quinze ans de réclusion criminelle. Elle s’est battue pendant un an et demi en prison. À sa sortie, elle a cherché à clamer son innocence. Elle a fait appel à mes services. Nous avons réussi à apporter cette preuve : cela a suffi à l’avocat pour déclarer un vice de procédure dans le dossier, et ainsi, elle a été relaxée. Les quinze années de condamnation ont été annulées.

     

    Refusez-vous des affaires?

    Elie Cohen : Oui, ça arrive. Faire des écoutes, c’est illégal. Quand on vient me voir avec une mallette, je vous assure que cela peut être tentant, je n’ai pas à y réfléchir deux fois. Dans tous les cas, je refuse. Dans une affaire, une personne voulait que je suive son amant. Ensuite, elle a voulu que je suive son mari, puis, m’a redemandé de suivre son amant. Au bout de quelques années, elle est revenue me voir car elle voulait trouver une personne pour tuer son mari. Evidemment j’ai refusé!

     

    Vous refusez par instinct?

    Elie Cohen : Oui. Dans mon histoire [du livre Espion à tout prix], on a voulu que je suive un homme politique. Techniquement, on a le droit de suivre quelqu’un, mais suivre un homme politique je ne le ferai pas. Par exemple, dans l’affaire d’Olivier Besancenot : des personnes – que je ne connais pas – ont suivi sa femme, ont voulu savoir ce qu’elle faisait de son temps, etc. Quand les journalistes l’ont su, ils ont fait une grosse affaire là-dessus, en s’en prenant aux enquêteurs. Pourtant, il faut savoir que ce métier est très encadré et répond à des règles strictes. On passe par des formations, on obtient des diplômes. Cela nous protège également, car à une époque, on pouvait voir des annonces du type «je veux bien suivre votre femme pour 100 euros/jour». C’était illégal. Il y a aussi la question du respect...

     

    Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon détective?

    Initia : La curiosité. En France, c’est un vilain défaut. Chez le détective, c’est la meilleure des qualités. Etre polyvalent, avoir envie de savoir, il faut s’adapter aux situations. On ne peut pas se spécialiser, il faut savoir se renouveler, être créatif, persévérant et patient : les filatures peuvent durer longtemps. Il faut rester alerte! Il faut savoir communiquer. Savoir jouer un peu la comédie… l’enquêteur privé peut se grimer pour ne pas être reconnu lorsqu'il suit une personne.

     

    Elie Cohen : Mais  on ne peut pas usurper le titre d’une fonction.  Il faut aussi être discret et savoir se fondre dans la foule, être observateur. Je suis  grand, on me voit partout, mais on ne me repère pas. C’est plus dans l’attitude que par le physique. On se fond dans l’environnement.

     

    Par exemple, je peux récupérer beaucoup d’informations par les concierges, les gardiens d’hôtels. En parlant un peu… « J’aimerais acheter l’appartement du troisième étage». «Non, au quatrième il y a des gens qui font du bruit, au cinquième, les voisins ont des enfants… » Je sais tout, sans rien demander. Je conseille aussi de prendre des cours de théâtre chez Cocher. (rires)

     

    Y a-t-il des risques?

    Elie Cohen : Si vous êtes honnête et sérieux dans votre travail, il y a peu de risques. Dans une affaire, il a fallu retrouver de l’argent volé. Pour cela, nous devions creuser dans un jardin, car nous savions que l’argent s’y trouvait. Entre parenthèses, ce n’était pas tout à fait légal, mais l’essentiel était de le retrouver... On savait que c’était là, donc nous devions agir. La maison se trouvait en bordure de voie ferrée, il fallait passer un mur depuis la voie ferrée car de l’autre côté se trouvait l’entrée, surveillée par des chiens. Il fallait donc agir à 3 heures du matin, quand tout le monde dormait, sans lumière. On a réussi car on a trouvé une petite butte de terre en évidence. La chance nous a souri dans de telles conditions : on a trouvé 10 millions de francs dans un sac. Les personnes ont dû comprendre, le matin, mais ils n’ont rien pu faire, car c’était de l’argent qu’ils avaient volé.

     

    Le risque est calculé. On ne prend pas de risques inutiles. Je ne plongerai pas dans la Seine pour aller plus vite. Dans une filature de moto, je connais des professionnels, qui pour éviter de se faire repérer, pourraient rouler sur le trottoir. Je ne prendrai pas ce risque, il faut savoir calculer dans une juste mesure.

     

    La liberté d’un détective est-elle liée à la situation de son pays? Quelle est la relation entre les deux?

    Elie Cohen : On ne peut pas faire ce métier sans suivre les règles propres à la législation française. En Suisse ou en Espagne, il y a d’autres règles. En Espagne, ils ont plus d’autonomie, de capacité d’agir, leur fonction ressemble à celles des officiers de police, comme aux États-Unis : ils peuvent entrer dans un commissariat pour y consulter des dossiers. Nous, n’ayant pas le droit de faire certaines choses, nous n’avons aucun accès. Ici, vous pouvez courir. On est considéré comme un citoyen lambda. On a l’obligation de se comporter comme un citoyen, d’être même plus honnête que les autres. Si je vois quelqu’un se faire agresser, généralement, j’interviens.

     

    Si je vois une mamie se faire arracher son sac, je cours derrière le voleur. J’agis en tant que citoyen. En cas de braquage, si quelqu’un se mettait à tirer partout, je ferais comme les autres, je me planquerais (rires).

     

    En écrivant ce livre, cela m’a soulagé d’un poids, car cela m’avait fait beaucoup de mal à l’époque. Quand je l’ai écrit, je voulais pouvoir en faire un film.

     

    Les événements du livre ont lieu en 1999. Il est sorti en 2005. Cela vous a fait mal?

    Elie Cohen : En 2002, j’étais encore en plein dedans. J’ai été blanchi en 2002, mais l’histoire avait commencé en 1999. Ecrire était quelque chose de nouveau, cela m’a pris du temps. Après avoir fini mes premières épreuves, je les ai données à ma femme, qui m’a dit : «Vas-y, c’est bon». Cela m’a encouragé, j’ai décidé de la suite. Entre 1999 et 2002, j’ai été très affecté. Quand j’entendais des sirènes de police, je pensais qu’on venait pour moi.

     

    Je suis tombé sur des gens qui ne me respectaient pas, qui voulaient me faire tomber. Ils touchaient mon intégrité, ont voulu me faire passer pour un salaud... c’est ça que je n’ai pas supporté : je ne suis pas un salaud! (rires)

     

    Les gens de pouvoir…

    Elie Cohen : Les gens de pouvoir, un jour ou l’autre, se font prendre. On en voit des exemples dans l’actualité. Tous ceux qui sont dans le pouvoir, qui se disent qu’ils peuvent faire quelque chose. Clearstream… Quand on a le pouvoir, on peut effectivement faire ces choses là. Quand on n’a plus le pouvoir, on paye! Pour ma part, Je ne suis pas assez intelligent pour ça!

     

    Je n’ai pas ce pouvoir dans mon métier, je n’ai aucun pouvoir! Je fais juste mon travail. En ce moment, ce qui se passe en Syrie : c’est bien le pouvoir personnel des dirigeants qui leur permet de se maintenir. Si tout le monde le lâche, il pourra être tué. Dans l’histoire, ces exemples sont nombreux.

     

    La dédicace de votre livre est «Etre libre et de bonnes mœurs dans un pays libre».

    Elie Cohen : C’est une maxime qui me touche beaucoup. J’appartiens à une association humaniste, et j’ai voulu lui faire un clin d’œil. Je n’en parle pas ouvertement, cela montre aux gens que nous sommes dans un pays démocratique, on peut donc faire ce que l’on a à faire tout en respectant les coutumes et la tradition de ce pays.

     

    Y a-t-il des gens qui ont une connaissance incorrecte sur votre profession? Quel genre de concept ne comprennent-ils pas?

    Elie Cohen : Nous, les détectives, pouvons aider les autres. C’est un métier à part entière, ce n’est pas juste quelqu’un qui va fouiller dans les poubelles. Les informations récupérées peuvent servir : c’est cela qui sert aux clients.

     

    Initia : Pour se démarquer de cette image de simple voyeur, rappelons qu’au début, la profession consistait à protéger les commerçants qui se faisaient voler, aller à la recherche de leurs débiteurs, il y avait une vraie légitimité. Le détective protège les intérêts des personnes.

     

    Cela fait plus de vingt ans que vous exercez?

    Elie Cohen : Bien sûr, je pense à la retraite! Beaucoup de confrères, âgés, sont morts derrière leur bureau. Je profiterai de mes petits enfants, si j’en ai un jour! Mais J’aime travailler.

     

    J’ai des passions. Le golf, les femmes, ah non pardon (rires)! Je me lève chaque jour avec plaisir.

     

    Comment devient-on détective?

    Initia : Je suis en fac de droit à Assas. Il n’y a que trois formations en France. C’est un métier peu répandu, la formation se fait en deux ans. Le nom de la formation est DU enquêteur privé, licence professionnelle, sécurité des biens et des personnes, options enquêtes privés, ce qui donne le titre pour avoir l’agrément.

     

    Propos recueillis par Lucie Deng

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